Chronique

Comme un grand trou… dans le cœur

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Kasandra Boulay

Ce samedi, j’ai donné rendez-vous à ma meilleure amie. Elle est venue de Montréal pour venir passer le week-end avec moi, dans mon Sherbrooke à moi. Excitée de lui faire découvrir ma ville, nous nous sommes promenés, tranquillement, sur la Wellington afin de lui faire découvrir les merveilles de la Boutique Joséphine, de lui faire goûter nos excellents lattés mousseux du Faro et de lui faire entendre le puissant brouhaha du Boquébière. Ensemble, nous étions heureuses de partager ce moment du pur bonheur. On pouvait sentir l’atmosphère festive de la fin de semaine à chaque coin de rue.

Nous nous sommes dirigés vers le Théâtre Léonard St-Laurent. J’avais prévu d’aller voir la pièce Comme un grand trou dans le ventre présentée par le Théâtre des Petites Lanternes. Tous les deux passionnées de théâtre, je me suis dit que cette activité serait idéale pour nouer avec la vie culturelle de Sherbrooke.

Arrivées sur place, nous avons échangé quelques mots avec les autres spectateurs. Que ce soit des échanges sur les comédiens, la mise en scène ou même des interrogations sur les textes, tout le monde présent dans la petite salle sombre et chaleureuse du théâtre Léonard St-Laurent était enfin prêt à découvrir, silencieusement, cette pièce qui refait vivre la tragédie du Lac-Mégantic.

La pièce commence avec l’entrée en scène de deux hommes et de deux femmes touchés par ce malheur. À travers leurs récits intimes, on découvre leur histoire : la vie d’avant, la vie pendant et la vie d’après. On évolue, on rit et on pleure tous ensemble. C’est la voix de 400 citoyens, paralysés par le feu, qui fait écho partout dans la salle. On embarque brusquement dans l’intimité émotionnelle de ces femmes et de ces hommes. On découvre leur chagrin, leurs larmes, leurs peurs et l’espoir qui les habitent.

Le théâtre des Petites Lanternes a mis en lumière plusieurs thèmes importants. Que ce soit la mort, la vie et les repères, cette pièce a spectaculairement représenté la résilience de l’être humain à la suite d’une tragédie.

J’ai été bouleversée par le texte. Cette participation collective de cette communauté touchée par la tragédie qui a fait naître ce travail de création. Une création simple et efficace qui met en lumière des mots, des phrases et des lettres qui touchent directement le cœur. Une parole d’humains, d’une communauté ou bien d’une famille qui nous font revivre ce triste événement de juillet 2013.

Je ne peux passer à côté du processus créatif de cette pièce. Cette grande cueillette de mots nous permet de prendre conscience et nous fait questionner par rapport à la vie. Le texte et les monologues sont tout autant réalistes. Les expressions, les conflits et le désordre intérieurs des acteurs sont purement humains. Le Théâtre des Petites Lanternes a mis de l’avant une pièce d’une grande qualité.

Le décor sobre et minimaliste nous permet de mieux capter l’émotion et le vide qu’a laissé l’événement. Le gris des accessoires et des meubles nous rappellent les cendres déposées un peu partout dans la ville. Seuls les couleurs vives des costumes nous font rappeler la vivacité, la reconstruction et la détermination des citoyens de Lac-Mégantic.

Aussitôt la pièce terminée, on pouvait sentir la fébrilité dans la salle. C’est avec un grand trou dans le ventre que nous avons quitté la salle…